Aubin a toujours été gaucher. Il eut l’immense privilège de grandir dans la lumière de Nice. 
Il a étudié le piano entre 6 et 10 ans auprès d’une professeur austère et conventionnelle, sans révélation.

A 11 ans, en plein cours de maths, tandis qu’on parlait au tableau de K, K’, la spontanéité voulu qu’il s’exclama « K’, c’est fini ! ». Ce qui ne convînt pas à la prof principale, charmante au demeurant. Lors il connut sa première expulsion. Il dut choisir sa voie, non pas celle d’Hervé Villard, non, plutôt celle de la magie des mots, la spontanéité, et n’aura de cesse d’évoluer au-delà d’une certaine réalité à laquelle on l’aurait voulu plaqué. Le choix des mots qui dansent et qui décochent des images ouvrant sur des mondes mystérieux, magnifiques. A l’instar d’un James Joyce ou d’un Johnathan Livingstone, il perçut alors le monde « normal » comme hostile et qu’il devrait faire son chemin par lui-même, en quête d’une liberté cachée, en lui, avec une conscience plus vaste qui semblait parfois le guider, et qu’il perdait aussi.

Le monde est vaste et beau.

Pour la musique, le déclic se fait 2 ans plus tard avec la découverte fulgurante de Champagne pour tout le monde de J. Higelin, dans la foulée de Thiéfaine, Cabrel, Charlélie Couture, Gainsbourg, Capdevielle. Et les prophètes, les ovnis, les éveillés, Bob Marley, Paul Mc Cartney, Police, Pink Floyd.. La musique, un espace d’immense liberté où les notes ici n’ont plus rien à voir avec celles d’un système qui juge et sanctionne. Longtemps aussi sentira-t-il la distance avec ses contemporains s’évertuant à reproduire la pop anglaise ambiante, langue qui lui était alors étrangère. Fascination et incompréhension.

Il n’y aurait pas de retour en arrière. Les mots sont là, la poésie est partout, le langage des oiseaux. Les chansons arrivent vite sur les premiers accords d’une guitare prêtée en urgence.

Et tout le temps qu’il lui faudra pour devenir musicien, retrouver le piano, explorer la basse. Une boîte à rythme, un ordinateur, des percussions…

La voix, ce sera une affaire plus longue pour qu’elle s’offre ouverte au monde. La pudeur et l’habitude de chanter en sourdine, les décennies asthmatiques ; oser se confronter au monde trivial, à nu, qu’elle épreuve ! Et quel cadeau ! Il ne se doutait pas des portes que ça lui ouvrirait de devenir chanteur, comment ça l’accompagnerait à explorer ses espaces intérieurs, à intégrer son corps, à harmoniser son être. Comment tout le monde qui était dans sa tête était aussi dans son corps. 

L’arrivée à Paris à la fin des années 90, la rencontre avec le Studio des Variétés, un premier EP à Couleurs Studios, chez Laurent Thibaut, acolyte du grand Jacques sur Champagne en autres albums cultes. Des groupes, des concerts, des petites chroniques, le métier qui rentre, vaille que vaille ! 2006, le Jardin des Hespérides et le single « Bamako en Provence » :
« une lueur de braise entre ses cils / j’aurais revisité mes rêves et mes errances /
Et la nuit est à l’orage offerte et volubile / tout au sud de l’été / Bamako en Provence »


Et la reconnaissance qui peine à venir, la difficulté de pénétrer les réseaux, l’évidence qu’il n’y a pas d’autre voie, l’application, le bonheur d’être entrée dans l’immense champ vibratoire de la musique, privilège inestimable, les voyages. 2ème Album en 2011, Healing Mekong, un voyage dedans/dehors, du plus vaste au plus intime, aux orchestrations riches de vents, de cordes, de percussions, et « the orchid garden » qui s’écoutera jusqu’en Thaïlande.

Jusqu’ au temps de proposer aujourd’hui O+, un album plus brut, plus direct, lumineux, à cœur ouvert.
« parce qu’il faut aider la lumière à entrer, à sortir,
parce que c’est ce que j’ai de meilleur à donner,
parce que tout ce sang qui coule en nous, les fluides et les humeurs.
Parce que la musique s’infiltre, s’immisce, s’insinue dans tous les détails de notre quotidien pour nous donner de l’air, de la hauteur »


Inoxydable, Libre & Heureux, Alice & Lucie, Ton tout petit détail, Dans mes bras…

Aubin connaît aujourd’hui bien l’anglais, il aime dessiner, sculpter, cuisiner, faire l’amour.

Il a su par ailleurs renouer avec certaines traditions anciennes et mourra ainsi à 187 ans.